LE FOYER PROTESTANT : HISTORIQUE DU BATIMENT Le Foyer Paroissial Protestant de Neudorf fêtera bientôt son centenaire. Son histoire est relativement bien connue, grâce notamment aux archives de la Police du Bâtiment, qui conservent tous les documents en rapport avec les travaux effectués (construction, agrandissements, modifications...) depuis la construction du bâtiment. Le Foyer est construit en 1909 (plans datés du 10.03.09) ; il est l'oeuvre des architectes Albert Brion et Eugène Haug, connus notamment pour être les auteurs du célèbre hôtel de la Maison Rouge (1899-1901), démoli en 1974. Issu des Beaux-Arts, Albert Brion (1843-1910) déploya une vive activité à Strasbourg où il construisit l'Institut d'Anatomie Pathologique (1874), l'Institut de chimie physiologique (1883) et la clinique gynécologique (1886). En association avec Jules Berninger, il éleva la villa Klein (1894), au n°7 rue Lamey et d'autres maisons de maître aujourd'hui détruites. Secondé par Eugène Haug, il édifia aussi la "Strassburger Bank" (1897), au n°24, rue du Vieux-Marché-aux-Vins, le n°47 (1903) et le n°67 (1902) de l'avenue des Vosges. Associé d'abord avec Albert Brion, Eugène Haug a quant à lui signé seul le n°31, avenue de la Paix, aujourd'hui Tribunal Administratif (1910). On lui doit aussi de nombreuses constructions industrielles (les Grands Moulins de Strasbourg, les minoteries de Corbeil et de Pantin), des établissements bancaires (dont la Banque de France à Strasbourg), de nombreuses maisons de maître à Strasbourg et ailleurs, notamment la villa Baumann (1912) à Illkirch-Graffenstaden. Dans sa configuration d'origine, le Foyer Paroissial n'était équipé que d'un seul grand logement à l'étage, placé en partie centrale de la façade Est (sur cour), dans l'axe de la grande salle. Ce logement était encadré par deux tours, dont l'une d'elle est toujours reconnaissable, dans l'angle Nord-Est, près de l'entrée du parking. Les espaces situés au-dessus de l'actuelle cuisine, en façade Sud, et au-dessus de l'entrée principale, en façade Nord, n'étaient pas surbâtis mais aménagés en terrasses. Le bâtiment reflète assez bien son époque, puisque sous une apparence relativement traditionnelle, les architectes ont notamment eu recours à une charpente métallique composée de fermes triangulées à entraits retroussés, pour couvrir le vaste espace de la grande salle. Le mur de clôture ainsi que les grilles, à l'exception des portails, sont des mêmes architectes et de la même époque (plans datés du 21.09.09). Les portails d'origine ont été remplacés mais leur dessin en est connu par des originaux conservés aux archives. Un premier agrandissement intervient en 1922 (plans datés du 25.08.22) ; il est l'oeuvre de Eugène Haug, qui a pris seul la succession de l'agence après le décès d'Albert Brion (tampon "anc. Brion & Haug" sur les plans). Cet agrandissement consiste à augmenter la surface de l'étage en surbatissant les deux terrasses . Quatre nouvelles pièces sont ainsi créées (2 en façade Sud et 2 en façade Nord), qui modifient la volumétrie du bâtiment, sans toutefois trop l'altérer. En effet, malgré la surélévation du toit, les deux tours d'angle restent relativement lisibles. La dernière conséquence en est la condamnation de quatre des « oculii » éclairant la grande salle (2 en façade Sud et 2 en façade Nord). En 1932 intervient le rehaussement du toit coiffant les deux pièces créées 10 ans plus tôt, du côté Sud du bâtiment. Le toit est mansardé et la couverture de la tour modifiée en conséquence (contrairement à ce qui apparaît sur les plans), afin de rendre l'ensemble habitable. Le Foyer Paroissial perd en même temps que l'une de ses tours la symétrie qui le caractérisait et une partie de son élégance. Le projet semble avoir été mené par un entrepreneur, aucun nom d'architecte n'apparaissant sur les plans. Une tribune d'orgue est édifiée dans la grande salle, en 1947, en face de la scène (plans datés du 08.04.47). Ernest Andres est l'architecte auteur du projet. Cet aménagement s'explique par le fait que le Foyer Paroissial est utilisé comme lieu de culte provisoire, après la destruction du temple lors des bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale. À noter qu'un second bâtiment faisant office de lieu de culte provisoire est construit en 1947, par le M.R.U. (plans datés du 13.12.46). Cette baraque, de type "Providur", précèdera l'actuelle salle annexe, qui réutilise probablement les fondations et les soubassements en maçonnerie de l'ancienne construction. Le nouveau temple, construit à l'emplacement de l'ancien, ne sera inauguré qu'en 1961 . Une baraque préfabriquée (système "Gros") est installée en 1953, en limite Sud de la propriété (plans datés du 19.11.53). Montée bénévolement par des paroissiens, elle doit offrir des locaux pour les diverses activités pratiquées au sein de la paroisse. Elle a disparu suite à un incendie, au milieu des années 80. En 1968 des garages sont construits le long de la façade Sud (plans datés du 25.09.68), qui viennent altérer la volumétrie initiale du Foyer Paroissial. Enfin, en 1988-89, d'importants travaux sont réalisés sous la direction de M. Fernandez, Maître d'Oeuvre, qui ont pour but la mise aux normes de l'installation électrique et du système de désenfumage, et qui visent à doter la salle d'un chauffage au sol, d'une régie avec passerelle technique, de sanitaires et d'une cuisine rénovés. Le Foyer Paroissial, utilisé de façon intensive, ne répond plus aujourd'hui aux normes, tant de sécurité (détection incendie, désenfumage...) que sanitaires (cuisine) ou acoustiques (isolation). C'est pourquoi il nécessite d'importants travaux de mise aux normes et de rénovation, afin de proposer à nouveau un outil culturel performant, répondant à la forte demande actuelle. BIBLIOGRAPHIE - RIEGER T., BRONNER G., DAUL L., LUDES L., Les faubourgs de Strasbourg - De la Belle-Epoque aux Années Folles, coll. Mémoire d'Alsace, éd. G4J, Strasbourg 2003 ; - RIEGER T., DURAND DE BOUSINGEN D., NOHLEN K., Strasbourg Architecture 1871-1918, coll. Art Alsace, Le Verger éditeur, Strasbourg 1991 ; - collectif, Strasbourg 1900 : naissance d'une capitale, Editions d'art Somogy, Paris 2000 - Musées de Strasbourg, ville de Strasbourg 2000 ; - Archives de la Police du Bâtiment : dossiers n° 743 W 10 et 938 W 119 ;