1er dimanche après l’Epiphanie

Romains 12/1-8

Dimanche 10 janvier 2010

Vivre dans le corps du Christ :

un merveilleux échange !


Jésus est descendu dans le Jourdain pour recevoir le baptême des mains de son cousin Jean ! Mais avait-il vraiment besoin de ce signe ? Et que signifie-t-il  pour lui et pour nous autres ? La question traverse même l’esprit de Jean qui s’exclame : « c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (1) A lire le récit de Matthieu, il semble que dans l’eau du Jourdain, c’est Dieu lui-même qui pose un signe déterminant en désignant Jésus comme son Fils bien-aimé, en qui, dit-il « j’ai mis tout mon amour. » (2)

 

En s’enfonçant dans les eaux baptismales, Jésus se place résolument du côté de l’homme, mais il s’y place comme le témoin de la vie et de l’amour insondables de Dieu pour les hommes ! Ainsi, le baptême deviendra-t-il pour l’Eglise le « principe de vie en Jésus Christ qui donne l’être et la vie aux hommes… » (3)

 

Si Jésus, de par son baptême, participe pleinement à la condition humaine, la vie baptismale qui se poursuit tout au long de notre existence, nous fait pénétrer le mystère de notre filiation divine. « Merveilleux échange / admirabile commercium » (4) fredonne une antienne de l’Eglise ancienne ! Ce « merveilleux échange » s’enracine théologiquement dans l’enseignement de l’apôtre Paul : « par le baptême en sa mort nous avons […] été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions-nous aussi une vie nouvelle. » (5)

 

C’est précisément de cette vie nouvelle dont il sera question dans le passage de la lettre aux Romains dont nous venons de lire un extrait au chapitre douzième. Si le baptême nous fait passer de la mort à la vie comme l’affirme avec force l’apôtre Paul, il n’est pas simplement une grâce personnelle qui fait de moi un fils ou une fille de Dieu ! Non, le baptême nous incorpore aussi dans le corps du Christ (6) dans lequel les baptisés sont appelés à mettre leurs dons au service les uns des autres ! Ainsi, la vie baptismale dans le corps du Christ devient-elle, elle aussi, un « merveilleux échange »  et ce partage dans la communion fait éclater tous les corporatismes qui guettent toujours à nouveau nos Eglises et nos communautés, nos organisations et nos pays !

 

Se donner…

 

Le chapitre douze commence par une invitation, celle de nous « offrir en sacrifice vivant » ! Ce langage sacrificiel en usage dans la culture juive auquel l’apôtre Paul est coutumier, est pour nous et ce depuis des siècles, chargé d’incompréhensions parfois fallacieuses ! Mais revenons à ce que dit l’apôtre : l’offrande unique du Christ et le cadeau toujours nouveau de la miséricorde de Dieu (7) qui nous est fait en lui et par lui, appelle le baptisé à une vie nouvelle ! Cette vie se décline entre ce que nous recevons et ce que nous sommes appelés à donner, à nous offrir librement ! Si la foi est un don de Dieu, elle appelle ceux qui en sont habités à se donner à leur tour ! Nous offrir parce que nous nous savons aimés et parce que nous aimons, et non parce que nous le devons ou parce que c’est ainsiAlfred de Musset disait à juste titre : « aimer c’est se donner corps et âme… » (8) Le don est le fruit de l’amour de Dieu en nous, et j’allais dire,  la réponse amoureuse de la foi !

 

Se donner en servant…

 

Mais il y a une multitude de manières de se donner ! Paul cite dans sa lettre quelques exemples ! Je n’en retiendrai aujourd’hui qu’un seul : « l’un a-t-il le don du service, qu’il serve » (9) !

 

Si je n’ai retenu que cette exhortation à côté de celles de l’enseignement ou de la prophétie, de l’amour et de la joie, de la solidarité et de l’espérance, c’est qu’elle me semble essentielle à la vie dans le corps du Christ qu’incarne l’Eglise !

 

On parle souvent, en évoquant l’Eglise et ses pasteurs, de ministère ! Eh bien le ministère, en latin signifie précisément service ! Les dons qui sont les nôtres et l’autorité qui est conférée aux baptisés, nous devons toujours les comprendre et les vivre comme un service ! 

 

L’autorité que nous confère le Christ n’est pas un pouvoir qui écrase les autres et nous-mêmes, mais un service qui nous est confié en attendant le retour en gloire du Christ en qui Dieu a déposé tout son amour.

 

Mettre ses dons au service du corps du Christ ! Y accueillir la diversité et la fragilité des Humains est la voie que dessine l’apôtre dans ce passage de la lettre aux Romains. Le service nous fera découvrir que ce chemin nous mène à un « merveilleux échange » ! Car, il ne s’agit pas seulement de servir l’autre, mais aussi d’être servi par les dons qui sont les siens ! Peut-être est-ce justement pour cela, pour prévenir toute notion sacrificielle du service, que Jésus disait à ses disciples, « je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert » (10)?

 

Ainsi, être baptisé, c’est chaque jour davantage prendre conscience de l’accompagnement du Christ, mais aussi nous savoir membres d’un même corps où nous sommes invités, ce verbe est essentiel, à mettre les dons que nous avons reçus au service les uns des autres ! Etre membres du corps du Christ, c’est toujours à nouveau et de manière souvent inattendue faire l’expérience d’un « merveilleux échange / admirabile com-mercium» !

 

 

(1)     Matthieu 3/14

(2)     Matthieu 3/17

(3)     Nicolas Cabasilas in Michel Evdokimov Lumières d’Orient p.41

(4)    Antienne O admirabile commercium

(5)     Romains 6/4

(6)     Romains 12/5

(7)     Romains 12/1

(8)     Alfred de Musset Confession d’un enfant du siècle

(9)     Romains 12/7

(10) Luc 22/27