Jour de l’an

Jean 14/1

Vendredi 1er janvier 2010

Risquer la confiance sur le chemin du monde

 


La liturgie de l’Eglise ancienne n’a pas prévu de célébrer le jour de l’an, pour la simple raison que les calendriers en usage n’étaient pas uniformes ! Le 1er jour du calendrier romain se situait au 1er mars, et ce n’est qu’un édit de 1564 promulgué par le roi Charles IX qui fixe le premier jour de l’année au 1er janvier ! Bien sûr la révolution de 1789 chamboulera à nouveau cette tradition calendaire en imposant le fameux calendrier révolutionnaire qui lui-même sera de nouveau abrogé ! Et nous-mêmes vivons d’ailleurs entre plusieurs calendriers : le calendrier civil, le calendrier scolaire, et els chrétiens inscrivent leurs jours encore dans le calendrier liturgique.

 

Les Eglises protestantes s’inscrivent dans le sillon de la tradition juive et de l’Eglise ancienne et elles invitent les fidèles à célébrer une semaine après la fête de Noël, la circoncision de Jésus, autrement dit le jour où il a reçu le nom de Jésus ! En nous réunissant ce soir, en ce premier jour de l’année, ce n’est pas tant pour célébrer le jour de l’an, mais pour placer cette nouvelle année du Seigneur 2010  sous le nom de Jésus Christ !

 

Hier soir, nous étions invités à jeter un regard reconnaissant sur l’année passée, sur nos rencontres et avant tout sur la présence de Dieu enfouie dans nos vies plurielles ; ce soir, en confiant l’année nouvelle au Christ, nous voulons lui demander de nous accompagner au fil des jours !

 

Ce que cette année nous apportera nous ne le savons pas, et d’ailleurs il n’est pas bon que nous le sachions ! Mais à l’aube de cette année nouvelle, nous pouvons compter sur cette parole de Jésus qui disait à ses disciples « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! » (1)

La parole qui nous est confiée au début de cette année 2010 est elle tirée de l’Evangile de Jean au chapitre quatorzième. Jésus y invite ses disciples d’hier et d’aujourd’hui à inscrire leurs existences dans un chemin de foi et d’espérance ! « Que votre cœur de ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi. » (2)

 

Le contexte dans lequel Jean situe cette parole de Jésus me semble particulièrement parlante : juste après l’annonce par Jésus du reniement de Pierre et avant que Thomas et   Philippe n’entament avec Jésus un dialogue sur le chemin qui doit mener au Père : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas alors comment pourrions-nous en savoir le chemin » dira justement Thomas !

 

A l’aube de l’année nouvelle, j’aimerais évoquer trois mots en lien avec cette parole de Jésus : « Que votre cœur de ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez aussi votre foi en moi. » Jésus invite ses disciples à avancer dans les eaux profondes de la vie, par lesquelles nous nous sentons peut-être submergées et qui font naître le doute… C’est à ces hommes et ces femmes-là, habillés d’humanité que Jésus s’adresse ; il les invite à braver leur peur toute naturelle et à avoir foi en Dieu et en lui ! Où le chemin nous fera-t-il passer ? Personne ne le sait, mais sur ce chemin, la foi s’avère une force vivifiante et si elle est un risque elle est aussi synonyme de confiance et initie un chemin d’espérance !

 

1° La foi est un risque

 

La foi –comme la non-foi d’ailleurs- constitue un risque ! Jésus a invité ses disciples à courir ce risque-là ! Dans un de ses romans Amélie Nothomb disait justement que : « le risque, c’est la vie même. On ne peut risquer que sa vie. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas… » (3) Ne rien risquer, c’est un peu comme le fit le dernier des serviteurs qu’évoque la parabole des talents, enterrer ce qui lui a été confié ! La peur de perdre l’a paralysé, et il est passé à côté de la vie ! (4) La foi est donc d’abord un risque ! Courrez-le dira Jésus !

 

2° La foi est confiance !

 

Mais si la foi est un risque, elle est aussi synonyme de confiance ! « La confiance est une des possibilités divines de l’homme » » disait Henry de Montherlant ! (5) Croire, ce n’est pas répéter des formules toutes faites, mais c’est toujours à nouveau être gagné par la confiance ! Cette confiance que le Christ a lui-même nous offre en confiant sa Bonne Nouvelle aux disciples, et les disciples aux apôtres… Cette Bonne Nouvelle qui est aujourd’hui remise à notre fragilité !

 

3° La foi ouvre un chemin !

 

Risque et confiance ! Par la foi s’ouvre devant nous comme le disait Jésus lui-même, un chemin de vie et d’espérance (6) Dans l’opacité de notre monde et dans l’inconnu qui est le propre de l’existence humaine, la foi fraye un chemin ! Personne ne sait -comme je l’évoquais déjà- par où et celui-ci nous mènera, mais habité par la confiance insufflée par l’Esprit saint, nous faisons et ferons toujours à nouveau l’expérience que nous sommes accompagnés par le Christ !

 

Alors, en ce premier jour comme à l’aube de chacun des jours qui viennent, que notre cœur ne soit pas troublé, mais que la confiance fasse naître et renaître cette force d’espérance qu’est la foi !

 

 

(1)     Matthieu 28/20

(2)     Jean 14/1

(3)     Amélie Nothomb : Cosmétique de l’ennemi

(4)     Matthieu 25/14-30

(5)     Henry de Montherlant : Service inutile

(6)     Jean 14/6